Le numérique au service de la gestion associative

Le plan de la synthèse se construit au fil des échanges de la matinée...

Le plan de la synthèse se construit au fil des échanges de la matinée…

Samedi 16 novembre au FLEP de Soyaux

& samedi 30 novembre au CDDP (Château de l’Oisellerie – Angoulême)

de 9h30 à 16h00

Organisation et animation : Cécile Le Masson, Guillaume Leblanc et Georges Bray

Restitution et synthèse de la première journée, intervention de Pascal Choteau:


Avant de vous proposer une synthèse des points qui me paraissent important dans ce que vous avez évoqué ce matin, et j’ai trouvé les débats passionnants, je vous propose d’aborder les questions de coopération et de logiciel libre.

Coopération ?

L’exemple du sport collectif :

Dans un sport collectif, il paraît évident qu’une coopération est nécessaire pour gagner. Si l’on s’arrête à la définition du dictionnaire Le Robert « Action de participer à une œuvre commune », on partirait facilement sur un management défaillant ou pernicieux. Effectivement, on pourrait entendre dans cette définition que l’objectif commun suffit à faire émerger une réelle coopération.

La coopération est obtenue en agissant sur l’environnement plutôt que par la contrainte des personnes. Il est en effet difficile de contraindre des personnes à avoir le même intérêt, mais l’on peut plus facilement réconcilier l’intérêt individuel et collectif en jouant sur certains paramètres.

Le monde est en perpétuel mouvement et son environnement en constante évolution, l’idée est donc de saisir les opportunités pour que ces changements ne soient plus des contraintes mais des occasions de tenter ou passer à l’action.

Pour venir sur le milieu associatif et l’éducation populaire, il est communément admis que nous sommes plus intelligents à plusieurs (intelligence collective supérieure à la somme des intelligences), donc on pourrait admettre que la coopération va accroître l’efficacité… mais notre temps est compté et donc est ce que coopérer améliore l’efficience (mais est ce un objectif admis au sein de l’association même si tout le monde pointe le manque de temps!!). En effet Guillaume et Georges ont pointé lors des débats de ce matin les notions de pouvoir et de temps qui sont centrales, mais l’objectif de l’association est il toujours de gagner en efficacité, ou est ce un lieu ou on a du temps, mais pour n’importe quoi peut-être, d’où la question du moment opportun pour des outils numériques…

Une première réflexion pour améliorer la coopération via les outils numériques serait de dire qu’il est préférable d’agir sur la culture numérique partagée par les adhérents (action sur l’environnement) plutôt que sur l’outil (plutôt lié à une contrainte supplémentaire).

Travailler ensemble et coopérer, c’est aussi donner et recevoir d’où une réflexion nécessaire sur don et contre-don dans la coopération :

Si on analyse ce fonctionnement à l’échelle de la vie en société, il convient de se rapprocher des thèses de Marcel Mauss dans « Essai sur ledon ». On peut distinguer un processus du don en trois actes, l’acte de donner qui reconnaît l’existence sociale du receveur, ensuite le receveur s’il accepte le don reconnaît la valeur sociale du donneur et enfin un contre-don accepté viendra matérialiser la valeur sociale de l’échange et affirmer la réciprocité comme dimension primaire de nos sociétés.

Je prendrai pour exemple ici, un adhérent associatif qui à l’aide des outils numériques va envoyer de nombreuses informations, des flots de mails, on voit bien qu’il y aura réellement don pour le collectif uniquement si les receveurs sont en capacité d’accepter le don (en fait le temps de traiter l’information reçue et lui reconnaître une utilité)…

Une des règles de réussite de la coopération humaine selon Jean-Michel Cornu (Fondation Internet Nouvelle Génération, http://www.cornu.eu.org/texts/cooperation) est de gérer l’abondance plutôt que la rareté, et donc dans notre cas d’élargir le cercle des personnes en capacité de coopérer, notamment par le fait que les outils numériques permettent une coopération à distance et dans la durée.

Pour conclure ce paragraphe et continuer le lien entre coopération et outils numériques via internet, je citerai Bernard Stiegler, qui dit dans une interview : « Internet repose fondamentalement sur une participation généralisée des internautes, et ça c’est l’élément absolument nouveau. Le nouveau monde industriel, c’est le monde dans lequel ça ne marche pas s’il n’y a pas une participation généralisée. » A réfléchir…

Logiciel libre et éducation populaire

Plutôt que de vous expliquer ce qu’est le logiciel libre, je vous propose un exemple de coopération au sein d’une communauté du logiciel SPIP pour laquelle je suis contributeur (et développeur) sur le site « SPIP-Contrib ».

Je décris ici quelques points clés de mon chemin avec « SPIP-Contrib », en tant que simple utilisateur puis contributeur.

  • 1er stade : Logiciel libre et contribution
  • 2ème stade : Légitimité et confiance en soi
  • 3ème stade : Service après don ou militance
  • 4ème stade : Don et contre-don

Sur le site de « SPIP-Contrib » en guise de règle, il y a cette expression: « Service Après Don ». Les administrateurs de ce site demandent un engagement de la part du contributeur. En plus de son don, le contributeur s’engage à répondre aux internautes et à les aider à adapter le système qu’il a proposé. Souvent, on entend par don, des actions pour pallier des défaillances de notre société. Ici, donner n’est ni se débarrasser, ni se donner bonne conscience!

Cela m’amène à penser que j’y trouve une nouvelle forme de militance.

Je peux rattacher cet exemple à la bonne conscience ressentie dans l’acte de diffuser toute l’information sans tri préalable, ce qui crée un écueil que vous avez pointé, non seulement les personnes ne pourront pas lire (et l’on rejette la tâche du tri sur leurs épaules) et de plus je ne serai plus en mesure d’effectuer le suivi (ou service après don nécessaire).

Pour revenir sur le logiciel libre et son importance dans une démarche d’éducation populaire, je dirai qu’il faut distinguer deux principes :

  • utiliser des logiciels libres afin de diffuser une information avec l’éthique et la garantie apportée par le logiciel libre
  • utiliser des licences de libre diffusion (comme Créatives Commons) qui permettent à vos contenus (textes, images, vidéos, sons…) d’être diffusés, modifiés et éventuellement redistribués (à condition de citer l’auteur et de rester sur le même type de licence libre)

En ce qui concerne les licences de libre diffusion qui sont à mon avis les plus importantes pour des associations d’éducation populaire (partage de savoirs en perpétuelle évolution), il me semble assez simple de les utiliser, même si des freins obscurs interviennent. Pour cela, en 2008, j’avais participé à l’élaboration avec l’INJEP d’un cycle Educ pop et TIC et avais réalisé dans ce cadre une enquête auprès d’auteurs ayant choisi de publier leur livre avec un éditeur classique et aussi en téléchargement libre et gratuit sur internet : https://1tern0t.wordpress.com/2008/06/08/pour-que-le-texte-vive/.

Pour le logiciel libre, si vous n’avez pas de personnes en capacité technique de réaliser une adaptation pour votre association (exemple des systèmes libres comme WordPress.org pour un site internet) vous pouvez faire appel à une SS2L (Société de Service en Logiciel Libre) et bien préciser dans le cahier des charges que vous exigez que les programmes produits, logos et contenus vous appartiennent et soient librement modifiables.

Les outils numériques pour faciliter le travail ensemble ou coopératif

Tout d’abord, je répéterai ce qu’ont fait remonter Georges et Guillaume de cette matinée, les questions de pouvoir et de temps, et donc ne pas oublier avant de choisir, ou pas, un outil que cela nécessite d’être au clair sur l’objectif dans le recours à un outil médiateur supplémentaire dans notre gouvernance associative.

Aussi, il me semble important de revenir sur les différences générationnelles, puisque nous sommes beaucoup de dys-digitaux (pour reprendre une formule de ce matin), et que les natifs-digitaux n’ont pas plus de 20 ans (je rappelle que la première connexion internet grand public date de 1996, soit à peine 17 ans et donc moins qu’une génération, voir un article où j’essaie de lister l’accélération des nouveautés http://reseaufoad.wordpress.com/2012/03/20/histoire-du-web-vie-priveepublique-et-impact-sur-les-relations-au-travail/). Ainsi, prendre en compte les différences d’appréhension face à ces outils est nécessaire, et dans les deux sens, ni idolâtrie ni scepticisme forcené si l’on veut coopérer !

Mais pour moi, il n’y a pas que l’évolution des technologies qui est en question, je reprendrai pour illustrer mon propos une théorie de Jean-Claude Gillet, Professeur à l’IUT Carrière Sociales de Bordeaux, qui dit que nous sommes passés du militantisme à une forme de militance, en quelque sorte un engagement non plus pour une seule cause mais de multiples engagements sur différentes causes. Cela entraîne automatiquement une moins grande disponibilité des bénévoles sur une association.

Un consensus

Il ressort de cette matinée et de mes différentes observations (dans la formation des dirigeants bénévoles avec le CROS Aquitaine et dans ma pratique personnelle de membre de bureau associatif) une sorte de consensus sur l’incontournabilité de l’outil numérique dans le cadre de la diffusion d’information, notamment grâce au mail et au site internet.

Par contre, il faut être vigilant face à ce potentiel fantastique de diffusion d’information, sujet auquel je faisais référence dans le premier temps de cet exposé, noyer les adhérents de mails (avec de plus les effets néfastes du « répondre à tous » qui provoque souvent des foires d’empoignes désastreuses!) peut s’apparenter à une illusion de démocratie ou plus gênant à une communication promotionnelle déguisée…

Des contradictions ou questions en suspend

Des outils numériques pour gagner du temps et de l’efficacité ou efficience, vers un engrenage de performance ou pour libérer du temps convivial (alléger l’ordre du jour d’une réunion et vraiment discuter) ?

Des outils pour mieux communiquer avec ses adhérents ou membres de bureau, dans le but d’améliorer les prises de décision et le partage du pouvoir… ou justement un contrôle du pouvoir par la maîtrise des flux de communication ?

Est que les outils numériques vont encore plus accentuer la fracture générationnelle ou permettent de construire une culture numérique commune et partagée, des outils qui s’insèrent eux mêmes dans une démarche d’éducation populaire ?

Quand la technique interfère trop, l’outil ne libère plus mais asservie ?

Le développement durable version écologique, visio-conférence, réunion par mail, ne tue t’il pas sa version sociale, une relation sociale durable dans un monde qui s’accélère ?

On se questionne sur les règles d’utilisation des outils numériques, pourtant ce sont les règles que l’on maîtrise dans le fonctionnement associatif qui doivent s’appliquer (exemple d’un Doodle sans date limite pour fixer une réunion, l’outil seul ne fait pas tout, c’est la règle d’utilisation communément admise qui permettra un fonctionnement positif).

Les outils numériques par leur fonctionnalité à distance permettent ils d’intégrer des bénévoles avec peu de présence (personnes actives avec enfants en bas âges) ?

Les outils numériques permettent de découper le temps de travail (et de s’adapter à notre société de militance), mais en même temps les flux continus qu’ils peuvent imposer (notification par mail, effet « push » de Facebook, c’est à dire que l’information arrive instantanément sur son smartphone et plus au moment où j’ai décidé de la consulter) annihilent cet effet positif ?

La question de la démocratie biaisée ou réelle qui revient dans la pratique des Conseils d’administration, on peut envoyer 150 pages par mails 10 jours avant, mais est ce que les membres ont lu ?

Comment se transpose la validation de propos ou décisions dans la relation distante, téléphone, visio, mails ?

Risques

Souvent le risque est de donner le pouvoir à ceux qui maîtrisent les outils… Il y a aussi le risque des espaces de communication parallèles de votre association comme les groupes ou pages Facebook créées par des adhérents, faut il supprimer cette initiative de bénévoles ou s’y intéresser et vérifier ce qui y circule ?

La problématiques des outils multiformes et la question de leur évaluation

Un smartphone ne sert à téléphoner qu’à la marge, l’ordinateur, « machine automatique de traitement de l’information » d’après la définition du Larousse, avec une connexion internet maintenant itinérante (« wifi »), est une porte d’accès à de multiples canaux de communication, de dépôt dans les nuages (le « cloud »), et bien d’autres encore… De même les outils numériques, à l’image d’un Google Drive qui permet de nombreuses utilisations ont tendance aussi à devenir multiformes, en rapport à mon vieux traitement de texte qui ressemblait plus à un couteau simple qu’au fameux couteau suisse…

Quand des outils numériques interviennent dans la médiation associative, il est bon d’évaluer leur utilisation détournée ou non. Pour moi, le détournement des outils est important aussi, car il participe à une expérimentation commune, et expérimenter c’est vivre !

Sur la question de l’évaluation des apports de l’outil, je reprendrai un exemple tiré de l’ouvrage « La convivialité » d’Ivan Illich. Il constate qu’un américain moyen utilisant sa voiture pour se rendre sur son lieu de travail à une moyenne de 20km/h au vu des embouteillages, met finalement plus de temps à payer et s’occuper de sa voiture, qu’il ne gagne de temps de transport journalier par rapport à un trajet à pied. Finalement l’automobile comme objet industriel libérateur se transforme en objet d’asservissement.

Coopération et convivialité

Les outils numériques peuvent ils nous aider à créer ou re-créer de la convivialité, permettre des temps d’échanges plus conviviaux lorsque nous nous retrouvons physiquement, enlever du stress dans son emploi du temps par le fait de pouvoir coopérer à distance quand nécessaire, éviter des réunions trop longues ou ennuyeuses car trop chargées dans leur ordre du jour ?

Les effets de mode

Attention aux présentations « brillantes » d’outils, et c’est d’ailleurs pour cela que nous avons choisi avec Cécile et Guillaume de commencer la journée par un débat, et de ne présenter les outils qu’en fin de journée. En effet, on peut facilement être séduits par des présentations d’outils tous plus novateurs les uns que les autres ? Pour méditer cette question, je me permet de rajouter dans cette transcription un lien vers une parodie de présentation très révélatrice de l’effet de mode, « Book la révolution technologique » à voir ici : http://reseaufoad.wordpress.com/2013/10/10/book-la-revolution-technologique/.

Futilité

Pour conclure cette intervention, je citerai ma philosophe préférée, Charlotte Chellé, qui me traduisait une pensée de Nietzsche quand je lui faisais part de mes observations sur l’utilisation des outils numériques : « Le futile est incontournable » et il est nécessaire pour moi de l’avoir à l’esprit.

Après cette synthèse, il était proposé une présentation de certains outils afin de préparer les ateliers de formation pour le 30 novembre, voici le lien vers les outils présentés, sous la formule « 7 outils numériques de mon quotidien » : http://reseaufoad.wordpress.com/2013/10/23/un-site-presentant-de-multiples-outils-et-usages-collaboratifs/ (dans cet article j’ai ajouté un lien vers un site présentant outils numériques et usages).

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