Coopération humaine au service du suivi scolaire dans le double projet des sportifs en pôles : éléments de réflexion

Expertise en coopération humaine

Dans un sport collectif, il paraît évident qu’une coopération est nécessaire pour gagner. Si l’on s’arrête à la définition du dictionnaire Le Robert « Action de participer à une œuvre commune », on partirait facilement sur un management défaillant ou pernicieux. Effectivement, on pourrait entendre dans cette définition que l’objectif commun suffit à faire émerger une réelle coopération.

Je présenterai pour ma part dans ce dossier une réflexion sur la coopération humaine issue de nombreuses expérimentations et confrontations avec des cadres du ministère, des sportifs de haut niveau ou des experts extérieurs. J’aborderai donc deux exemples mettant en lumière des leviers favorisant la coopération humaine.

La coopération est obtenue en agissant sur l’environnement plutôt que par la contrainte des personnes. Il est en effet difficile de contraindre des personnes à avoir le même intérêt, mais l’on peut plus facilement réconcilier l’intérêt individuel et collectif.

Le monde du sport est en perpétuel mouvement et son environnement en constante évolution, l’idée est donc de saisir les opportunités pour que ces changements ne soient plus des contraintes mais des occasions de tenter ou passer à l’action.

Enfin, je proposerais une réflexion que j’ai amorcée dans le cadre du Parcours d’Excellence Sportive au CREPS Aquitaine sur une meilleure coopération des différents acteurs autour du double projet du sportif afin de favoriser sa recherche de performance sportive.

Réconcilier l’intérêt individuel et collectif

Dans le cadre de la préparation au concours du Professeur de sport du CREPS Aquitaine, j’avais installé une plate-forme internet collaborative. Cette première tentative fut un échec. Je n’avais pas pris en compte une dimension essentielle: les stagiaires, passant un concours, sont en concurrence, travaillent pour leur propre compte et n’ont à priori pas d’intérêt pour participer à une démarche de mutualisation.

Lors de mes expériences sur la coopération menées avec l’INJEP, j’ai rencontré Jean-Michel Cornu1 qui m’a fait comprendre quels leviers pouvaient servir mon projet. J’ai donc demandé pour la deuxième tentative, à la promotion suivante de stagiaires à la préparation au concours de Professeur de sport, de formuler un choix dès le départ. Lors de la présentation de la plate-forme internet, je leur explique que si leur décision est de mutualiser en utilisant la plate forme, il faut prendre des engagements concrets dès le début de la formation. Alors la discussion a commencé à prendre tournure, la coopération envisagée s’est concrétisée. Les stagiaires se sont répartis des tâches à accomplir et à mutualiser. Ici, en l’occurrence, ce sont des fiches de synthèse sur les thématiques pouvant sortir au concours qu’il faut partager, une centaine de fiches à faire en deux mois. Effectivement, pour un groupe de douze stagiaires, cela revient à produire sept ou huit fiches au lieu d’une centaine. Les stagiaires y ont vu leur intérêt et ont demandé à ceux restés jusqu’alors silencieux de respecter la répartition des tâches. Dans la configuration de concurrence entre les stagiaires, un désengagement de deux ou trois d’entre eux peut rompre la mécanique de coopération. De même, ils ont demandé, à leur responsable de formation de s’engager, elle aussi, sur la plate-forme quant à son activité et quant aux délais de réponse à leurs éventuelles questions.

Il s’agissait donc ici de réconcilier l’intérêt individuel et collectif et que le groupe définisse un seuil d’engagement minimal. J’ai fait en sorte que chacun comprenne que son intérêt individuel pouvait aller dans le même sens que l’objectif collectif que je proposais. L’engagement est, par ailleurs, une valeur déterminante dans ce cadre, comme dans la préparation à une compétition sportive pour l’atteinte du résultat attendu.

Cette année là, 8 des 12 candidats ont été admis au concours, ce qui représente le meilleur ratio obtenu.

Faciliter le passage à l’acte

En 2009, j’ai répondu à un appel d’offre de la Délégation aux Usages de l’Internet (DUI) rattachée au ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche pour la formation à distance des animateurs multimédia sur le territoire national. J’ai donc réalisé un bilan des quatre premières années de l’activité sur le site coopératif de la formation au BPJEPS TIC dont je suis le coordonnateur.

Voici ce bilan en quelques chiffres : 1080 articles publiés sur le site, 68 auteurs sur le site, 1854 messages de forum, 778 pièces jointes publiées, 2400 visites mensuelles en moyenne sur les 12 derniers mois (site en accès restreint). Sur les 1080, 241 articles ont étés publiés par le coordonnateur de la formation ce qui me place de fait comme l’animateur de ce site. 72 articles sont le fruits de formateurs intervenant sur cette formation. Les stagiaires des différentes promotions sont donc auteurs de 767 articles sur le site.

La part de production des stagiaires s’élèvent donc à 71%. Ce chiffre montre la réussite de la démarche coopérative qui a été menée.

Les auteurs du site se répartissent comme suit : 38 stagiaires sur les trois promotions, 18 intervenants ainsi que 32 animateurs inscrits sur des modules de formations courts.

Les choix pédagogique visant à donner une responsabilité éditoriale aux stagiaires équivalente au coordonnateur de formation, à intégrer l’utilisation du site pendant les temps de formation, à croiser les stagiaires actuels avec ceux des anciennes promotions, à proposer simplicité et réactivité, sont les leviers que j’ai utilisés afin de faciliter un passage à l’acte des stagiaires. Mon incitation à les faire participer au site aurait pu être considérée négativement. Les stagiaires auraient perçu un risque à produire et donc passer à l’acte, dans le sens d’une évolution de lecteur à contributeur. C’est donc en agissant sur un environnement plus rassurant que cela a fonctionné, au moment où j’ai permis la création d’espace de vie et de discussion sous leur contrôle. Un écueil serait de croire qu’il ne faut pas être incitatif, j’observe, dans les périodes où je le suis moins, une diminution dû à la perte de motivation par la non reconnaissance.

Nous avons été retenu lors de cet appel d’offre de la DUI avec une dotation de 60 000€ pour développer notre projet de coopération sur le territoire national.

Perspectives dans le cadre des Parcours d’Excellence Sportive

Je travaille depuis plusieurs années avec le service du haut niveau au CREPS Aquitaine, ce qui m’a permis d’observer la complexité de la mise en place du double projet sportif et scolaire ou social des sportifs. Il existe un tiraillement incessant entre une nécessité de s’entraîner sur des périodes repérées comme optimales par l’entraîneur et la nécessité d’un suivi scolaire de qualité permettant la réussite des objectifs sociaux.

Le premier projet en construction, avec l’appui de l’INSEP, pour lequel j’interviens en tant que conseiller expert en TIC, est la réalisation d’une base de données de suivi du sportif. Elle permet une prise d’information rapide et personnalisée de l’ensemble des acteurs concernés par la réussite du sportif. Mon action est de vérifier que les paramètres qui permettront aux différentes personnes concernées de coopérer à l’actualisation de cette base soient réunis.

Le deuxième projet à l’étude vient du constat que les aménagements scolaires obtenus auprès du Rectorat ne sont pas toujours satisfaisants. En effet, ce n’est pas forcement le volume d’entrainement qui est cause d’une fatigue excessive, mais souvent un planning pas assez adapté aux spécificités de chaque discipline sportive présente au CREPS. D’ailleurs pour le Tennis et le Tennis de table, le CREPS propose un recours exclusif au CNED (Centre National d’Enseignement à Distance). Cette solution se révèle satisfaisante dans la gestion d’un planning annuel, mais représente un coût élevé, et aussi un isolement des sportifs qui pourrait devenir préjudiciable pour leur motivation.

Le temps scolaire est un temps moyen calculé pour que 80% des élèves deviennent bacheliers. En diminuant le volume horaire scolaire en établissement, en favorisant des environnements de formation à distance, des temps de tutorat individuel ou collectif, et dans le souci constant d’améliorer les méthodes de coopération pour une réussite scolaire, des voies sont à trouver. En travaillant sur un environnement scolaire en cohérence avec le projet sportif, à la recherche d’opportunités favorisant une meilleure coopération, nous fournirons des conditions favorisant la réussite sportive des individus.

Une étude sur le suivi psychologique réalisée à l’INSEP, commentée par le magazine Sport et Vie démontre qu’il y a un intérêt à travailler sur cette thématique de la coopération : « 58% des résidents du centre (internat de l’INSEP) présentent au moins un des troubles identifiés sur une grille clinique utilisée en psychiatrie(…) Lorsqu’on lit entre les lignes, on s’aperçoit qu’en définitive ce qui semble le plus douloureux à porter c’est précisément le contexte de rivalité exacerbée entre pensionnaires et les exigences de la vie en internat qui impose aussi d’avoir des amis et donc d’être généreux et solidaires. »2.

La performance sportive peut être liée à l’épanouissement social du sportif de haut niveau si nous nous donnons les moyens d’améliorer les mécanismes coopératifs dans leur formation.

1Directeur scientifique à la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération), auteur de « Coopération, nouvelles approches » publication en ligne, avril 2001, nouvelle édition Framasoft 2009

2Sport&Vie, Juillet-Août 2010, Denis Richié, Le sport de haut niveau rend il complètement dingue?

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