TIC, concours, concurrence et éducation populaire

Voici un texte, pour mon boulot, par le quel j’essaie de réfléchir et de prendre du recul sur notre capacité à être collectifs…

« Comment les TIC 1 ont apporté du sang neuf à ma pratique de l’éducation populaire », conviendrait mieux comme titre à ce texte, mais j’ai opté pour le chemin parcouru plutôt que le résultat.

Responsable pédagogique d’une formation d’animateurs multimédia, j’ai mis en place un site internet pour la formation. Je l’ai intitulé, plate-forme internet de suivi de l’alternance, les animateurs stagiaires étant au CREPS 2 Aquitaine une semaine par mois et le reste du temps sur un lieu d’accès public numérique. Depuis trois ans, je fais évoluer cette plate-forme internet. Lieu d’échange et de mutualisation de ressources, elle fait désormais partie intégrante de la formation.

L’objet de mon témoignage vient de l’expérience suivante. Missionné par mon établissement pour développer la FOAD 3, je mets en place progressivement des plates-formes internet pour les autres formations du CREPS. Ces plates-formes sont similaires à celle que j’ai développée pour les animateurs multimédia.

Ainsi, en septembre 2005, j’ai lancé une plate-forme internet pour une promotion de stagiaires préparant le concours du Professorat de Sport 4.

Cette première tentative fut un échec.

Je n’avais pas pris en compte une dimension essentielle : les stagiaires, passant un concours, sont en concurrence, travaillent pour leur propre compte et n’ont à priori pas d’intérêt pour participer à une démarche de mutualisation.

Pour la deuxième tentative, j’ai demandé à la promotion suivante de stagiaires de formuler un choix dès le départ. Lors de la présentation de la plate-forme internet, je leur explique que si leur décision est de mutualiser en utilisant la plate-forme, il faut prendre des engagements concrets dès à présent. Alors la discussion a commencé à prendre tournure, la coopération envisagée s’est concrétisée. Les stagiaires se sont répartis déjà des tâches à accomplir et à mutualiser. Ici, en l’occurrence, ce sont des fiches de synthèse sur les thématiques pouvant sortir au concours qu’il faut partager, une centaine de fiches à faire en deux mois. Effectivement, pour un groupe de douze stagiaires, cela revient à produire sept ou huit fiches au lieu d’une centaine. Les stagiaires y ont vu leur intérêt et ont demandé à ceux restés jusqu’alors silencieux de respecter la répartition des tâches. Dans la configuration de concurrence entre les stagiaires, un désengagement de deux ou trois d’entre eux peut rompre la mécanique de coopération. Aussi, ils ont demandé, à leur responsable de formation, de s’engager, elle aussi, sur la plate-forme quant à son activité et quant aux délais de réponse à leurs éventuelles questions…

Il y a une forte activité, depuis, sur ce site, les stagiaires coopèrent au delà d’une simple mutualisation de contenus. Effectivement, les stagiaires se soutiennent, partagent leurs inquiétudes, parlent méthodologie. Ils vont donc au delà des objectifs fixés, à l’aide de la plate-forme, préparent collectivement ce concours bien que physiquement dispersés.

Fort de ces enseignements, j’ai demandé à un groupe d’animateurs, préparant un diplôme d’éducation populaire au CREPS, de s’engager dans l’utilisation de leur plate-forme.

De là est venue ma surprise, les animateurs ont fait montre de réticences à partager les contenus qu’ils auraient à produire pendant la formation. Je me suis rendu compte que j’étais porteur d’un « préjugé positif ». Naïvement, je pensais qu’une valeur comme la libre diffusion était innée chez un animateur socio-culturel. La logique de concurrence, ainsi que les idées portées par un certain libéralisme, ne s’est pas arrêtée aux portes de l’animation socio-culturelle. Les animateurs ont peur qu’on leur vole, copie, spolie leurs productions, leurs projets… A la réflexion, je comprends que ces animateurs vivent aussi dans cette société où la peur du chômage voudrait nous pousser à l’individualisme ; et, par la même, nous faire oublier les principes fondateurs qui nous font choisir ces métiers de l’éducation populaire.

Je remercie donc ces futurs collègues sportifs qui m’ont donné une leçon de collectif, de travail d’équipe. En concurrence directe, ils ont compris qu’il était plus judicieux de « jouer collectif ».

Cette expérience m’est très utile, quand je discute avec les animateurs et leur demande un engagement, dans la mutualisation de leur force, dans le soutien de leurs pairs en situation de faiblesse…

Ces plates-formes internet, qui ne sont qu’un outil émanant des TIC, m’ont permis de renouveler mon discours sur l’engagement et la force du collectif. De part leur nature, elles permettent une utilisation transversale dans la formation, comme un espace de vie prolongeant le temps de formation en centre. En quelque sorte, ces outils TIC m’ont donc permis de renouveler mes pratiques d’éducation populaire et celles des stagiaires. De même, un outil TIC tel qu’un système collaboratif comme SPIP 5, est développé sous une forme qui me semble bien proche de l’éducation populaire, le logiciel libre…

En appliquant à moi même les questions d’environnement social, je me suis rendu compte que j’avais tendance à « jouer seul » aussi. La menace du chômage fait pression sur moi, chargé de mission n’est qu’un mot qui cache la précarité auquel il renvoie. J’avais la tentation de mener seul le déploiement de la FOAD, mais ces expériences ont renforcé ma conviction : un travail coopératif ne se décrète pas, il faut lui donner du souffle, l’accompagner pour ne plus être qu’un des animateurs de la coopération à terme. Notre métier de formateur au CREPS évolue vers celui de coordinateur de formation, nous sommes plutôt amenés à travailler séparément. L’adaptabilité de l’outil TIC à toute formation m’a permis, avec mes collègues, de travailler autour des valeurs de libre diffusion, de mutualisation, de coopération… Ces expériences renforcent le sens du travail collectif, le sentiment d’œuvrer, à mon échelle, pour l’éducation populaire.

1 Technologies de l’Information et de la Communication

2 Centre d’éducation populaire et de sports

3 Formation Ouverte et/ou A Distance

4 Concours permettant d’accéder au corps de catégorie A du Ministère de la Jeunesse et des Sports

5 Système de Publication pour l’Internet Partagé

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