« Les nouvelles technologies favorisent les pédogogies actives et réhabilitent le groupe »

Témoignage de Pascal Choteau, formateur au Creps d’Aquitaine

Aperçu d’une pédagogie active mixant présentiel et relation à distance, accompagnement personnel et production collective de contenus de formation.

Cette présentation a été faite par Pascal CHOTEAU, formateur au Creps d’Aquitaine, dans le cadre d’un atelier de la journée du 9 mars 2006 à Marly-le-Roi sur le thème « Formation à distance et éducation populaire, Comment les nouvelles technologies peuvent-elles renouveler les pratiques d’éducation populaire ? » [1].

Où l’on voit que « formation à distance » ne signifie pas uniquement former à distance…

Pascal Choteau

Notre contexte : les formations Beatep au Creps d’Aquitaine

Je suis formateur au Creps Aquitaine. J’interviens dans des formations qualifiées et je suis chargé de développer la formation à distance. Je vais vous présenter l’expérience que nous avons eue au Creps [2] d’Aquitaine [3].

J’ai d’abord été confronté à des interrogations sur l’intérêt pédagogique de la formation à distance. Certains collègues m’ont demandé : « Pour quoi faire ? ». Nous en avons discuté ensemblé et j’ai découvert que des choses existaient, que des collègues numérisaient par exemple des contenus, mais que cela se faisait de façon éparpillée.

J’ai démarré sur l’existant, sur ce que l’on sait faire et que l’on fait déjà.

Nos stagiaires en formation Beatep [4] multimédia sont présents au Creps pendant les temps de regroupement, et le reste du temps sur les lieux de stage. Pour garder contact avec eux même pendant ces temps d’alternance, nous avons créé un site Spip [5] d’échange éditorial, où chacun peut déposer du contenu, renseigner un agenda, accéder à des ressources numérisées : supports de cours, plans, liens, bibliographie, etc. C’est un site de suivi de l’alternance plus que de formation à distance proprement dite.

Organiser et conserver les productions collectives

Nos choix économiques ont été induits par ces choix pédagogiques. Un certain nombre des contenus sont créés de façon collective. Les pédagogies actives font que l’on construit énormément par les groupes.
Le matin, on expose un travail, on demande au groupe d’aller chercher de l’information ailleurs, et le groupe doit produire pour la fin de journée en reformulant, en s’appropriant certains contenus.

Ensuite, nous nous sommes dits : « Ces productions de groupes, au lieu qu’elles restent sur un brouillon, un paper board ou jetées à la poubelle, ne peut-on pas prévoir vingt minutes sur le temps de la formation pour les mettre en ligne ? ». Parce que si l’on dit aux stagiaires « Ce soir, en rentrant, vous allez le faire chez vous », c’est toujours le même qui se dévoue et il en a assez au bout d’un mois.

Entretenir un état de veille permanente, nécessaire à l’évolution des compétences

L’autre réflexion consiste à se dire que les animateurs que nous formons dans nos stages doivent être en état de veille permanente tout au long de leur vie pour être encore opérationnels dans dix ans. Nous avons réfléchi que le site Spip pouvait permettre d’établir une veille permanente et partagée, à laquelle chacun participe, formateur et stagiaire. Au début, il n’y a que moi qui alimentais cette veille. Il a fallu faire en sorte que petit à petit d’autres formateurs et des stagiaires s’y mettent.

Des sessions régulières pour s’approprier l’outil et inciter à l’utiliser

Ainsi, j’ai peu à peu eu en main un outil pour faire de la formation à distance, en sachant que l’objectif n’était pas de faire de la formation à distance au sens strict, car les stagiaires sont présents au moins une semaine par mois au Creps (certains, alors qu’ils possédent une connexion Internet chez eux, préférent même venir dans notre salle informatique pour participer aux sessions à distance), mais de leur permettre de s’approprier les outils.
Ce temps d’appropriation de l’outil est important, parce que sur un groupe de 10-15 stagiaires, on constate que ce sont surtout 2-3 qui participent, et que les autres ont du mal, parce qu’ils ne maîtrisent pas l’outil ou qu’ils n’ont pas compris la finalité de l’exercice.

Le principe de ces sessions à distance est que vous avez une attestation de présence si vous vous connectez à la plateforme pendant la journée et si vous envoyez en fin de journée le travail qui a été demandé. Tout au long de la journée, je suis contactable par mail, chat, téléphone pour ceux qui préfèrent les outils traditionnels.

Concernant l’outil, ne trouvant pas de plateforme de formation à distance qui répondait tout à fait à nos besoins, j’ai choisi d’adapter petit à petit notre site Spip en fonction des réactions des stagiaires et des formateurs. C’est devenu un site que les stagiaires appellent « le blog de la formation ».

François BOCQUET (animateur de l’atelier)

La page d’accueil de ce site s’approche d’ailleurs beaucoup de ce que l’on peut qualifier d’ »environnement numérique de travail ». Elle présente des outils orientés vers la collaboration plutôt que vers un strict enseignement à distance :

  • un « qui fait quoi », qui précise les rôles de chacun,
  • un accès aux outils de rédaction d’articles,
  • un agenda partagé,
  • un moteur de recherche,
  • une alerte sur les derniers messages de forum.

Le but est de provoquer des échanges sur la production de chacun, d’inciter les stagiaires à déposer leurs documents. Le formateur devient l’animateur d’une communauté qui apprend ensemble. On est sur une logique de « communauté apprenante », très proche de valeurs qui tournent autour de la construction de l’individu dans l’altérité, au milieu des autres.

Pascal CHOTEAU

Viabilité économique et valeur ajoutée de l’usage des TIC en formation

On peut poursuivre sur la question d’un modèle économique viable. Dans notre cas, cela ne crée pas de coût de production supplémentaire, puisque la production s’effectue par les stagiaires pendant le temps de la formation.
Ce sont aussi les stagiaires des années précédentes qui produisent, car leur accès à la plateforme est conservé d’une année sur l’autre. Cet accès ne leur coûte rien, et ils continuent à produire des contenus bénévolement. Ils continuent ainsi à interagir avec les autres stagiaires et parfois même, lorsque ce sont des personnes qui ont une expérience professionnelle importante, elles se placent en position de personnes ressources.

Pour la direction de notre établissement, l’expérience est viable si elle crée une valeur ajoutée. Non pas financière, car le bilan financier est nul : l’utilisation de la plateforme n’est ni plus coûteuse ni plus rémunératrice qu’une unique formation en présentiel. Par contre, c’est une valeur ajoutée car on développe ainsi notre action dans le champ de la formation permanente. Par la plateforme, on garde contact avec des stagiaires qui pourront aussi revenir sur d’autres stages qui sont, eux, payants.

« Nous sommes tous à pied d’égalité à l’intérieur de la plateforme. »

Ensuite, la réflexion s’est orientée vers des questions de droits et de protection des contenus : « Si on produit ensemble, on a les mêmes droits d’écriture ». Concrètement, après un petit temps d’apprentissage de la plateforme, les stagiaires deviennent administrateurs du site du groupe au même titre que moi.

La réaction au départ a été : « Attends… On peut tout détruire ?! ». « Oui, vous pouvez tout détruire… ».
Cela leur donne une responsabilité. Avant, on me disait : « Tu n’as pas mis les supports de cours ! ». Maintenant, je leur réponds : « Ce n’est pas que moi qui peux mettre en ligne les supports de cours ». Nous sommes tous à pied d’égalité à l’intérieur de la plateforme.

Pour donner un cadre juridique à cette production collective et la protéger d’appropriations commerciales, nous avons choisi la licence Creative Commons.

La plateforme de chaque groupe de stagiaires est accessible par mot de passe. Ce n’est pas un accès ouvert à tout public. C’est davantage pour lutter contre la timidité que pour se protéger contre l’éventuelle intrusion de personnes étrangères au groupe, car de toute façon les documents sont protégés par la licence Creative Commons.

Publication originale : http://www.injep.fr/Les-nouvelles-technologies.html

[1] Voir une présentation de cette journée.

[2] Centre régional d’éducation populaire et de sport.

[3] http://www.creps-aquitaine.fr

[4] Brevet d’État d’Animateur Technicien de l’Éducation Populaire et de la jeunesse.

[5] Logiciel libre de création et d’animation de site Internet. Voir http://www.spip.net.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s